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Blog des Amis de LULINGU (RDCongo)
20 juillet 2017

Moment de vie d'un curé de brousse

Moment de vie d’un Curé de brousse, au Congo

par l'Abbé Félix Ngongo, curé des paroisses de Lulingu et de Kigulube

Vie d'un Curé de brousse au Congo_2017_a

Les paroisses de Lulingu et de Kigulube dont l’abbé Félix est le curé recouvrent une étendue comparable à celle d’une province belge. L’abbé Félix nous partage dans l’article ci-dessous la visite pastorale qu’il effectua en avril-mai 2017 dans des succursales de sa paroisse pour les festivités pascales. 

« Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus »           

C’est ainsi que Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars définit le sacerdoce. Le fait d’être prêtre est pour lui avant tout la manifestation de l’amour de Dieu pour les hommes, amour qui a son origine dans le cœur de Jésus. C’est en aimant le Christ plus que tout que le prêtre peut devenir un bon pasteur : « Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, c’est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la miséricorde divine. » Un saint prêtre est un prêtre selon le cœur de Dieu, c’est-à-dire doux et humble. 

Ce cœur de Jésus se laisse voir à travers les différentes personnes que nous rencontrons. C’est ainsi que je me suis trouvé dans l’obligation, en tant que curé des deux paroisses de Lulingu et de Kigulube, d’aller à la rencontre du cœur de Jésus qui se trouve auprès des fidèles de la périphérie. A la veille de mon voyage et au cours de celui-ci trois sentiments m'ont habité. Je me propose de vous les partager : 

1. LE SENTIMENT D’ANGOISSE. 

Après avoir conçu l’idée d’aller visiter la paroisse de Kigulube pendant les festivités pascales, une délégation de 2 personnes est bel et bien arrivée de Kigulube à Lulingu. Cette dernière a été bien reçue à la cure de Lulingu. Il s’agissait de l’Animateur Pastoral Cosmas MASANGA Bovic  et de Monsieur MATANDIKO KALENGA respectivement vice-président du conseil paroissial de Kigulube et chargé de la préparation aux sacrements.

J'accepte de faire ce pèlerinage avec mes guides pour la circonstance. En me demandant qu’est-ce qui pourrait m'arriver, je suis habité par un sentiment de peur. En effet, tout peut arriver sur la route. Cette angoisse me hante et trouble mon sommeil. Je suis à la veille de mon départ et mille et une questions me viennent à l’esprit. Pourquoi une telle peur en moi ? Les images se suivent, s’accumulent et se ressemblent presque.

Il y a tout d’abord l’insécurité. En cas de maladie, il n’y a pas de routes convenables pour dépêcher quelqu’un afin de me venir en aide, la rencontre probable de Raia Mutomboki, milices qui occupent la forêt, fait également partie des réalités de la route. C'est là aussi une évidence incontournable ! Marcher à pied sur une aussi longue et périlleuse distance, c’est nouveau pour moi mais c’est l’unique moyen de déplacement. Face à toutes ces questions je n'ai pas pu fermer l'œil tandis que les heures de la nuit avançaient progressivement. Malgré tout cela, le souci pastoral est au-dessus de tout. Je dois rencontrer mes paroissiens.

Vie d'un Curé de brousse au Congo_2017_b

C’est ainsi que de grand matin j’ai décidé de m'engager. Je prends mon bâton. Je fais les premier pas, accompagné et pisté par mes deux guides. La route est longue. Il me faut en effet parcourir une distance de 165 km aller et 165 km retour (325 km au total) sans savoir où je me rendais géographiquement parlant. En pleine forêt, les pistes exigent une intelligence. Sans boussole on risque en effet de se retrouver dans un autre endroit.

La première journée était la plus risquée possible étant donné qu’il fallait parcourir une longue distance de 6 heures du matin à 16 heures. Je découvre l’importance de porter un bâton d’appui à la main. Les raisons de son utilité sont multiples mais les plus vraies sont trois :

  • Servir de défense face à tout ce qui peut survenir dans l’incertitude de la forêt. Je pense directement aux serpents et autres animaux indésirables.
  • Servir d’équilibre en cas fatigue et de trébuchement lors de mon déplacement.
  • Servir d’appui lors de grandes montées sur les collines afin de ne pas s’essouffler trop rapidement 

2. L’ESSOUFLEMENT

L'essoufflement vient avec la longueur de la distance à parcourir à pied. Pour ne pas me décourager, les chrétiens m’ont caché le vrai kilométrage d’un village à l’autre, d’une forêt à l’autre. Dans ce voyage à pied la vitesse est très lente, il faut une heure pour faire 5 km. En faisant 30 à 35 km par jour mes pieds commencent à gonfler et demandent l’abandon. On me transporte sur le dos ou on me tient à la main pour me faire traverser les rivières à pied. Quelques fois aussi certains chrétiens, non habitués à la vie des prêtres, ne savent pas préparer quelque chose à me mettre sous la dent. Il m’arrive ainsi de passer plusieurs villages sans trouver même des fruits comme des ananas, papayes, oranges, mandarines, cannes à sucre. C'est essoufflant !

Un autre aspect qui décourage, c’est l’incompréhension de certains chrétiens et même de certains responsables des communautés ecclésiales vivantes (CEV). Je m’explique :

En l’absence d’un prêtre présent en permanence, la tendance protestante gagne certaines âmes, d’autres veulent s’approprier le prêtre pour qu’il soit seulement à leur service au risque de créer des conflits avec les autres chrétiens qui n’ont pas eu la grâce de le loger dans leur communauté ecclésiale vivante (CEV). Cette incompréhension vient surtout du fait que les chrétiens catholiques côtoient des pasteurs protestants qui sont permanents tandis que nous les prêtres, au vu de l’immensité territoriale de la paroisse, nous ne sommes que de passage. Nos paroissiens sont ainsi influencés par la façon dont les initiatives et les décisions sont prises chez les protestants ce qui, pire encore, engendre de la résistance face à certaines décisions prises par le prêtre. Les responsables des communautés ont du mal à accueillir la hiérarchie de l’Eglise vu qu’ils sont habitués à commander depuis bien longtemps (20 ans, 25 ans, 30 ans pour les plus anciens…)

3. LE SENTIMENT DE JOIE.

Le sentiment de joie et de bonheur habite en moi surtout quand je regarde l’engagement des jeunes qui m’accompagnent de village en village pour assurer ma sécurité et surtout pour m’encourager à venir plusieurs fois en visite chez eux, malgré et au-delà de la souffrance que je rencontre en cours de route. Ils souhaitent en fait que je partage leurs souffrances et surtout que je me présente partout comme ambassadeur du Christ.

Ma joie est encore grande quand je vois les nombreux enfants qui font les pieds pour venir à la célébration eucharistique et pour recevoir les différents sacrements.

Vie d'un Curé de brousse au Congo_2017_c

Dans la souffrance comme dans la joie, Jésus est avec nous comme il a toujours été avec les disciples d’Emmaüs (cfr. Luc 24). Cette route d’Emmaüs que mes chrétiens de Lulingu, Kigulube et Mulungu et moi empruntons sans le savoir devient ainsi le symbole de notre chemin de foi : les Écritures et l’Eucharistie au service desquelles j’effectue ces voyages sont les éléments indispensables à la rencontre avec le Seigneur. 

Ces chrétiens arrivent souvent à la messe avec leurs préoccupations, leurs difficultés et leurs découragements, leurs demandes de sacrements, leurs déceptions. Ils sont blessés par les réalités de la vie. Ils sont traumatisés. Ils vont vers leur « Emmaüs », parlant entre eux de tout ce qui s’était passé, tournant le dos aux desseins de Dieu. Mais les messes que je célèbre pour eux, commençant par la liturgie de la Parole et culminant par l'Eucharistie, rallument dans leurs cœurs la chaleur de la foi et de l’espérance. Et dans la communion, Jésus-Christ nous donne à tous la force.

Faisant mienne cette parole de Saint Jean-Marie Vianney : « le sacerdoce c’est l’amour du cœur de Jésus » une conviction m'habite : Jésus se laisse voir à travers les différentes personnes que nous rencontrons et à qui nous demandons de l’écouter pour rendre notre foi plus forte.

Regardons Jésus, pour préparer nos yeux à la belle vision de son visage, où nous tous (puisse le Seigneur nous en donner la grâce), nous nous retrouverons pour une messe sans fin. Accueillons le Christ et son Evangile, laissons-nous éclairer par lui, tout cela ne peut que changer notre vie !

 

Abbé Félix Ngongo, curé des paroisses de Lulingu et de Kigulube.


 

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18 juillet 2017

JDJ 2017

Diocèse de Kasongo - Paroisse de Ngene

JDJ 2017 

Comme tous les deux ans depuis une dizaine d'années, l'évêque de Kasongo invite les jeunes du diocèse à participer aux Journées diocésaines de la Jeunesse. Cette année, les JDJ devaient se tenir à la paroisse de Saramabila mais, en raison de l'insécurité dans cette région, c'est finalement la paroisse de Ngene, à Kasongo même, qui recevra les jeunes venant de toutes les paroisses.

Ce 18 juillet à 9h00 à commencé la Messe d'ouverture des JDJ. Voici la première photo reçue (à 13h00...) à l'issue de cette messe : le groupe de jeunes de Lulingu entoure Mgr Placide Lubamba. 

 

Equipe de Lulingu_1

Message reçu de l'Abbé Félix, Curé de Lulingu 

Chers frères,
... Les autres nouvelles nous concernant nous sommes en déplacement vers 
le centre du Diocèse de Kasongo au siège même de celui-ci. La paroisse de
Lulingu a réussi à mobiliser 47 jeunes qui se sont sacrifés au nom de leur
foi à marcher à pieds pour une longue distance de 605 Km ! Incroyable, mais vrai.
Aujourd'hui nous avons commencé les journées diocésaines de jeunes afin
d'être encadrés avec différents thèmes préparés à leur bénéfice. Nous remettons toutes ces journées entre les mains du Seigneur. Salutations à tout le monde. De Abbé Félix, Curé de Lulingu

 

 

 

15 juillet 2017

Voyage à Lulingu 2017 - Projet agricole

Le suivi du projet de relance agricole

Un article de Claude Museme, responsable du projet

Dans le cadre de jumelage entre la paroisse Saint-Etienne de Braine-l’Alleud (Belgique) et la paroisse Sainte-Barbe de Lulingu (RD Congo), une équipe a effectué début juin 2017 une mission à Lulingu. Cette délégation était composée de quatre personnes : deux de la Paroisse Saint-Etienne, Père Alain et Mia et deux de Bukavu, Claude Museme responsable du projet de la relance agricole et Serge Farhi, catéchiste de la Paroisse de Buholo.

Pendant notre séjour à Lulingu, notre équipe a travaillé avec le curé de la paroisse l’abbé Félix et son vicaire, l’abbé Symphorien, les trois vulgarisateurs du projet de relance agricole Désiré, Vumilia et Donatien, les familles bénéficiaires de ce projet ainsi qu’avec d’autres habitants du milieu.

Don d’une moto 

Article Claude_1

Avant de partir à Lulingu, notre délégation a acheté à Bukavu, grâce à des dons reçus, une moto pour la paroisse Sainte-Barbe de Lulingu. Cette moto facilitera les déplacements des prêtres de Lulingu qui doivent parcourir de longues distances à pied pour aller à la rencontre des communautés de base de la paroisse.

Ce fut le cas de l’Abbé Félix, curé de cette paroisse qui, peu avant notre arrivée, effectua plus de 325 km à pied pour aller à la rencontre de ses paroissiens (voir article sur ce blog à la date du 20 juillet 2017)

Situation sécuritaire et climatique

Au plan sécuritaire, Lulingu a connu des situations beaucoup plus précaires. Après une longue période de déstabilisation de la population dûe à des guerres à répétition, la situation est pour l’instant relativement calme. Cela facilite les allées et venues de la population dans les différents villages qui bénéficient du projet de relance agricole. Elle peut ainsi vaquer paisiblement à ses activités quotidiennes.

La région est caractérisée actuellement par la rareté des pluies et un soleil ardent qui provoque la sécheresse. Cette sécheresse bloque en partie les activités agro-piscicoles de la région. Les champs et les jardins ne sont pas approvisionnés en eau, quelques étangs de multiplication des alevins tarissent. C’est le cas des étangs de Lukala, Mumbano et Katchungu. Autre conséquence de la sécheresse, le débit de certaines sources d’eau commence à baisser, quelques robinets et bornes-fontaines ne fournissent plus de grandes quantités d’eau pouvant répondre aux besoins de la population en eau potable. A cause de cette pénurie, des jeunes filles doivent parcourir de plus longues distances pour s’approvisionner en eau. Celles-ci sont dès lors davantage exposées à l’insécurité.

Etat d’avancement du projet de sécurité alimentaire

Le manioc

Article Claude_2

En ce qui concerne l’agriculture, nous avons procédé à la récolte de manioc dans un champ se trouvant tout près de la cure ainsi qu’à la distribution de boutures saines de manioc obtenues dans ce champ. Dix ménages dont les champs étaient prêts ont pu ainsi recevoir ces boutures. Le manioc récolté sera transformé en farine grâce aux moulins installés à Lulingu et Lukala par le projet. La farine sera divisée en 3 parties. Une partie sera distribuée aux ménages qui se sont impliqués dans les travaux d’entretien et de gestion de ces champs, une partie sera vendue et l’argent ainsi récolté sera utilisé pour leur communauté et une autre partie sera affectée à la paroisse pour aider les prêtres. 

Article Claude_3

La distribution des boutures de manioc a pour objectif de multiplier des boutures de bonne qualité (résistantes à la maladie et de grande productivité) afin de les distribuer auprès des ménages bénéficiaires en remplacement progressif des boutures locales attaquées par la mosaïque africaine qui ravage les champs de manioc. Il faut savoir que le manioc est un aliment de base de la population de cette zone et qu’il faut protéger cette culture. Au total, ce sont 900 mètres linéaires de boutures de manioc qui ont été distribuées auprès de 10 ménages dont les champs étaient prêts pour les planter.

Il a été convenu que ces 10 ménages qui ont bénéficié de ces 900 mètres linéaires de boutures vont les multiplier dans leurs champs respectifs. Au moment de la récolte chacun pourra garder le manioc produit dans son champ et distribuera les boutures à d’autres personnes dont les champs seront prêts à recevoir ces boutures.

La culture vivrière

La culture vivrière (haricots, maïs, arachides) est une culture pratiquée par plusieurs familles à Lulingu et dans tous les villages qui bénéficient du projet. La production de ces cultures intervient dans l’alimentation et dans l’économie des ménages producteurs. Parmi les maraichers visités, quelques-uns nous ont confirmé que, grâce à la production de leurs jardins, ils sont parvenus à améliorer leur sécurité alimentaire et ont gagné de l’argent. Grâce à la vente d’une quantité de légumes qu’ils ont produits, ils sont parvenus à payer les frais scolaires de leurs enfants. C’est le cas de Madame Anifa (voir photo ci-dessous).

Article Claude_4

 L’élevage de cobayes

Article Claude_5

A Lulingu l’élevage des cobayes est pratiqué par des ménages qui en reçurent lors de la première ou de la deuxième distribution ou via la multiplication des cobayes de ceux qui en avaient reçu lors de ces deux distributions. Rappelons que l’élevage de cobayes permet aux ménages bénéficiaires de répondre à leurs besoins alimentaires et de payer la scolarisation des enfants.

Parmi les ménages bénéficiaires, il y en a qui maitrisent déjà cet élevage mais il y a aussi ceux tâtonnent. Chez certains bénéficiaires les cobayes ne se multiplient pas vite alors que chez d’autres il y a déjà de bons résultats. Monsieur KIKANDA, bénéficiaire direct de trois cobayes n’en a jusqu’à présent que trois de plus alors que Madame Charlotte, une veuve qui vit avec 5 de ses petits-fils et qui, elle aussi, en avait reçu au départ trois en a déjà 30. Sur ces 30 cobayes, il lui en reste 16 car elle en a offert 1 à la délégation de Braine pour dégustation et lui en a vendu 2, 4 ont servi de monnaie pour lui permettre de financer les travaux de défrichage de son champ d’arachides et de haricots et 4 autres cobayes lui ont permis de nourrir ses amies lors des travaux communautaires dans son champs, 3 autres cobayes ont été mangés avec ses petits-fils.

Devant un si beau résultat, nous avons demandé à Charlotte (la meilleure productrice de cobayes à Lulingu) de nous dire comment elle s’y prend pour obtenir un aussi beau résultat. Charlotte nous a ainsi révélé 3 secrets :

1. Elle entretient bien les lieux d’habitation de ses cobayes (elle nettoie leur cage trois fois par jour tout en y mettant de la cendre pour diminuer l’humidité causée par leurs urines).

2. Elle protège ses cobayes des chiens et des chats.

3. Elle diversifie leur nourriture.

Charlotte nous a également dit qu’elle a des femelles qui donnent une portée de 4 petits.

Ces « secrets » de Charlotte vont être partagés avec les autres bénéficiaires afin qu’ils puissent s’en inspirer pour leur propre élevage.

Toujours à propos des cobayes, nous avons constaté qu’ils servent aussi dans le domaine de la santé. C’est ainsi que Madame SIFA a vendu 2 cobayes pour acheter des médicaments pour ses enfants qui étaient malades et qu’une femme anémique suite à une opération a égorgé 6 cobayes pour en boire le sang mélangé à du sucre. Cette maman fut guérie de son anémie et retrouva sa bonne santé.

Les cobayes ont aussi un rôle dans la fertilisation des jardins. Madame ANIFA utilise les excréments des cobayes pour fertiliser son jardin potager.

La pisciculture

Article Claude_6

 

La pisciculture est l’un des axes retenu dans le projet de la relance agricole. Pour rappel, nous avons construit 5 étangs piscicoles de multiplication des alevins dont : 2 étangs à Lulingu, 1 étang à Lukala , 1 étang à Mumbano et 1 étang à Katchungu. L’objectif de ces 5 étangs est de multiplier les alevins d’une race plus productive et de les distribuer aux pisciculteurs en remplacement progressif des alevins locaux dégénérés et moins productifs. 

Cette idée a été soutenue par les ménages bénéficiaires du projet suite à la place qu’occupe la pisciculture dans l’alimentation paysanne et son impact dans la sécurité alimentaire. C’est dans ce cadre que nous avons récolté des alevins dans un des 2 étangs de multiplication de Lulingu afin de les distribuer à 6 ménages qui avaient préparé des étangs pour les recevoir. C’est ainsi qu’au total, 360 alevins ont été distribués auprès de ces 6 ménages à raison de 60 alevins par ménages. Il est à signaler que c’est la deuxième fois qu’on récolte des alevins dans cet étang pour les diffuser.

Techniquement avec ces 360 alevins on peut parvenir à peupler (aleviner) un étang qui couvre une superficie de 3.60 ares, après 8 mois. Si l’étang est bien géré, il peut produire des alevins à distribuer pour 20 ménages.

 

Article Claude_7

Ces 6 bénéficiaires vont donc multiplier les alevins reçus en les mettant dans leur propre étang. Dans 8 mois ils vont à leur tour en récolter dans leurs étangs et les distribuer aux ménages qui seront prêts à en recevoir. Avant cela, un travail sera fait en amont par les vulgarisateurs pour accompagner techniquement les pisciculteurs dans la construction de leurs nouveaux étangs.

Signalons que les étangs de Lukala et de Mumbano souffrent de l’insuffisance de l’eau et que celui de Katchungu en manque complètement suite à l’absence prolongée des pluies et à la sècheresse qui sévit actuellement dans cette zone. Cela a pour conséquence la perte de tous les alevins que nous avions mis dans ces étangs.

Nous attendons le retour des pluies pour que ces étangs soient à nouveau alimentés en eau et pour relancer de nouveau cette activité en ajoutant des alevins dans ces étangs.


 

5 juillet 2017

Voyage à Lulingu 2017

Voyage à Lulingu 2017

 Le séjour de délégation de Braine-l’Alleud à Lulingu

du 2 au 16 juin 2017
raconté par l’abbé Symphorien Kasuku,
vicaire de la paroisse Sainte-Barbe de Lulingu

 

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 19-20)

C’est dans le souci de mettre cette parole de Jésus en pratique que chaque année une délégation de la paroisse de Braine-l’Alleud donne, se donne et s’oublie pour le bien du peuple de Dieu se trouvant à Lulingu. Comme l’abbé Alain n’a cessé de nous le dire au cours de son séjour, la Parole de Dieu est conservée dans la Bible comme du lait en poudre. Pour que le lait devienne consommable il faut mettre de l’eau. L’eau qui rend la Parole de Dieu consommable ce sont les actions qui mettent en pratique cette Parole.

Le vendredi 2 juin, j’ai vraiment perçu l’amour et l’affection qu’ont les chrétiens de Lulingu envers leurs frères et sœurs de Braine-l’Alleud. Tôt le matin, un groupe traditionnel appelé « Groupe Malonga » était au rendez-vous à l’aérodrome de Tchonka ( 9 km du centre de Lulingu) pour attendre leur « Fils » comme ils l’appellent l’Abbé Alain accompagné cette année de Mia, de Serge (jeune de la paroisse de Buholo) et de Claude (responsable du projet de sécurité alimentaire) .

Ce qui me frappe aussi c’est le fait que l’Abbé Alain et les membres des délégations qui se succèdent ne sont pas seulement aimés par les chrétiens catholiques mais c’est tout Lulingu qui bouge quand ils arrivent. Certains peuvent penser que c’est parce qu’ils sont blancs mais c’est faux car il y a des blancs qui viennent à Lulingu sans qu’on s’en aperçoive. Nous pouvons donc affirmer que c’est parce qu’ils sont très aimés.

Les motifs du séjour de 2017

Pourquoi sont-ils encore venus cette année ?

  • Tout d’abord pour être fidèle à la promesse de visiter Lulingu chaque année sauf imprévus.

  • Pour toucher de leurs doigts les joies et les difficultés des chrétiens de Lulingu.

  • Parce qu’au cours de cette année l’Abbé Alain fête ses 25 ans de prêtrise. Il nous avait dit l’an passé qu’il ne pouvait pas seulement les fêter à Braine mais qu’il tenait aussi à les fêter avec ses paroissiens de Lulingu.

  • Enfin pour faire une session de formation des responsables des communautés de base sur la liturgie et l’eucharistie. Toutes ces activités se sont bien déroulées.

La célébration de la Pentecôte, le dimanche 4 juin

Pentecôte

Le dimanche 4 juin, l’abbé Alain a présidé la Messe d’action de grâce pour ses 25 ans de prêtrise. C’était le jour de la Pentecôte. L’Abbé Alain a bien relié le mystère célébré ce jour-là avec le fait que, comme les apôtres, il est appelé à nous parler des merveilles de Dieu dans notre langue. En effet en entendant l’abbé Alain leur parler dans leur langue, le swahili, les chrétiens de Lulingu ont pu, eux aussi, dire : « Tous nous l’entendons parler dans notre langue des merveilles de Dieu » L’homélie de l’abbé Alain accompagnée d’un chant en swahili que lui-même connait par cœur, le chant « Nakushukuru hee Bwana » (je te rends grâce Seigneur) a emballé toute l’assemblée. Au cours de cette même célébration, il a béni un mariage et donné la première communion à quelques enfants. 

Une session sur l’eucharistie pour les responsables des succursales de la paroisse 

Session eucharistie

La session sur l’eucharistie a commencé le mardi 6 juin et prit fin le vendredi 9 juin. Tous, nous avons été fort marqués par cette session. Même pour un prêtre, après plus de dix ans de formation, il y a certains gestes qu’il pose, certaines paroles qu’il dit sans savoir d’où ils viennent. Nous ne savions pas suffisamment ce que Dieu fait pour nous à l’eucharistie et ce que nous y faisons. Lors de cette session, nous nous sommes aperçus que l’on comprend difficilement les richesses de l’eucharistie si l’on ignore la Bible. Dans la liturgie il y a en effet constamment un rapport entre les Ecritures et les actions sacramentelles. Par exemple le chant du sanctus est fait de l’acclamation des anges dans le récit de la vocation du prophète Isaïe (Is 6, 1-3) et de l’acclamation des Juifs lors de l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem (Mt 21, 9). Cela nous montre que dans l’eucharistie la terre se joint au ciel et que nous nous unissons aux anges pour chanter la gloire de Dieu. 

Le dimanche 11 juin

Le dimanche 11 juin, la paroisse de Lulingu a organisé une fête en l’honneur de l’Abbé Alain pour ses 25 ans de prêtrise. 

11 juin

Elle a pensé aussi au 40ième jour après le décès du frère de l’Abbé Alain, Gaëtan de Maere décédé le 2 mai 2017. Nous avons été contents de la manière dont l’Abbé Alain a accueilli dans la foi le décès de son frère. Sans cette foi et sa conviction, il ne pouvait pas venir en juin de cette année au Congo. 

Animation

Pour ce qui est de cette fête, je pense que l’Abbé Alain lui-même a senti comment il est aimé à Lulingu : chants, danses, jeux étaient au rendez-vous…

Les jours qui ont suivi…

Les jours qui ont suivi ont été consacrés à des rencontres et des échanges. Le lundi 12 juin avec les jeunes qui ont été contents d’être appuyés pour aller à Kasongo aux Journées diocésaines des jeunes. Les veuves sont venues à leur tour féliciter l’Abbé Alain, les jeunes de l’artisanat ont présenté leurs œuvres d’art, la commission du jumelage est venue également échanger avec l’Abbé Alain. 

Le mardi 13 juin nous avons accompagné l’Abbé Alain qui a présidé la messe à Tchonka, la shirika qui se trouve à 9 km du centre de Lulingu.

 

Dans une shirika

Les chrétiens de cette shirika étaient très contents à tel point qu’il n’y avait pas de places pour contenir tous les chrétiens dans leur chapelle.

De retour de Tchonka au soir, une rencontre avec les laïcs intellectuels de la paroisse a été programmée. Ce dialogue fut bien apprécié par l’Abbé Alain qui a souligné que c’est un groupe qui ne se contente pas seulement de parler mais qui sait aussi mettre la main à la pâte. 

Visite en familles

Le mercredi 14, accompagné de l’Abbé Félix, le curé de la paroisse, l’Abbé Alain a visité les malades dans le village en passant de famille en famille. 

Lukala

L’après-midi, il a présidé la messe à Lukala, une des communautés de base de la paroisse.

Le jeudi 15, comme prévu, les sportifs de Lulingu n’ont pas voulu laisser inaperçus les 25 ans de prêtrise de l’Abbé Alain. C’est ainsi qu’un tournoi de football fut organisé. 

Football

En finale, l’équipe paroissiale fut opposée à la meilleure équipe de Lulingu. L’équipe de la paroisse s’est inclinée par 1 but à 3 mais a joué jusqu’au bout ! Les prix (vareuses et ballons) ont été remis par l’Abbé Alain à l’issue du tournoi.

Le vendredi 16, c’est avec les larmes aux yeux que les chrétiens de Lulingu ont accompagné l’Abbé Alain, leur fils et père, leur sœur et frère Mia et Serge à l’aérodrome pour leur voyage retour.

Au revoir

En tout et pour tout nous vous disons merci Abbé Alain pour votre attachement et celui de nombreuses autres.


 

1 juillet 2017

Mort du cuisinier Gabriel Lele de Lulingu

LA MORT DE NOTRE CUISINIER GABRIEL LELE

Gabriel LELE - cuisinier

 

Mr Gabriel est né à Mapimo le 3 avril 1965. Il était marié et père de 14 enfants. En 1980, il fut engagé à la paroisse Sainte-Barbe de Lulingu d’abord comme débroussailleur puis comme cuisinier. Il poursuivit ce travail dans notre paroisse jusqu’à sa mort en 2017. Gabriel Lele a donc été 37 ans à ce service au sein de notre paroisse. Pour tout Lulingu sa mort fut ressentie comme un coup de tonnerre.

On le vit pour la dernière fois à Lulingu le 3 mai 2017, date à laquelle il était parti dans la forêt pour cultiver son champ de paddy. Comme le champ était à une longue distance de Lulingu, il avait jugé utile de construire une hutte à côté de son champ pour y rester pendant quelques jours. Avant de partir, Gabriel avait demandé à sa femme de le rejoindre avec des provisions le samedi 6 mai. Lorsque sa femme partit le rejoindre, elle ne le trouva pas.

Quelques enfants qui se rendaient au champ pour récolter des haricots ont senti une odeur. Pensant que c’était un animal, ils le cherchèrent et se trouvèrent devant un corps sans vie. Ils se mirent à fuir et pendant leur fuite ils rencontrèrent la femme de Gabriel. Elle leur demanda s’ils n’avaient pas vu son mari. Ces enfants racontèrent à cette femme ce qu’ils venaient de voir sans se douter qu’il s’agissait de la dépouille de son mari.

Toute curieuse et courageuse, la femme alla voir de qui il s’agissait. C’est alors qu’elle se retrouva devant le cadavre mutilé de son mari.

Elle retourna au village pour rapporter cette triste nouvelle. Lorsqu’on me l’annonça au téléphone, j’étais surpris. C’était un coup dur pour moi parce qu’à ce moment j’étais seul au couvent puisque le curé, l’abbé Félix était en voyage pastoral à Kigulube. Même si le corps était déjà dans un état avancé de décomposition, je me suis dit que nous devions quand même l’enterrer avec dignité. Grâce au courage des jeunes et d’autres chrétiens nous avons enterré Gabriel autour de 19 heures avec des lampes torches. Ce fut pour nous un triste évènement.

Comme la tradition l’oblige, trois jours après nous avons célébré une messe dans sa famille pour la levée du deuil. Ce décès a encore augmenté le sentiment de peur au sein de la population parce qu’il y a beaucoup d’hypothèses sur ce décès.

Abbé Symphorien KASUKU (Vicaire de Lulingu)


 

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